Cabinets CGP : 5 IA françaises pour tenir la saison fiscale

Cinq fintechs hexagonales se partagent les 5 900 cabinets de gestion de patrimoine — et toutes promettent les mêmes 70 % de temps gagné.

Conseiller en gestion de patrimoine devant écran avec outils IA fiscaux

Le métier de conseiller en gestion de patrimoine n'a jamais été aussi sous tension. Plus de 5 900 CIF-CGP recensés par l'AMF, un marché ultra-concentré où 21 % des cabinets gèrent 88 % des clients selon le baromètre BNP Paribas Cardif, et une saison fiscale 2026 qui vient de s'achever dans l'épuisement. En face : cinq fintechs françaises qui ont décidé que la productivité d'un cabinet ne passerait plus par un stagiaire de cinquième année, mais par un agent IA.

Le mouvement s'est accéléré au printemps. Le 17 avril 2026, Celena a publié 6 nouveaux agents IA spécialement calibrés pour la déclaration de revenus. Majors, lui, revendique « jusqu'à 70 % de temps gagné » avec sa suite tout-en-un. Figen AI a signé 100 clients en quatre semaines. Et Harvest, l'acteur historique de 35 ans, n'est plus en posture défensive : il a intégré l'IA directement dans O2S, Fidnet, et bientôt Big.

On a passé les cinq plus crédibles au crible pour un cabinet PME — entre 1 et 10 conseillers — qui veut s'équiper sans se faire piéger par un éditeur ou un prix de tableau de bord.

Pourquoi 2026 est l'année du basculement pour les cabinets CGP

Trois forces convergent. D'abord la charge administrative : 93 % des CGP sont rémunérés par rétrocessions, ce qui impose un suivi conformité DDA et MIFID II sur chaque dossier. Ensuite la complexité fiscale française : barème progressif, quotient familial, PER, Pinel, Malraux, Girardin, LMNP, IFI… aucun conseiller indépendant ne maîtrise tout par cœur. Enfin la consolidation du marché : depuis la fusion Cyrus-Herez fin 2022 et Crystal Primonial en 2024, les indépendants doivent rivaliser de productivité avec des plateformes consolidées qui mutualisent leurs outils.

Beaucoup de cabinets ont commencé par dégainer ChatGPT ou Claude pour rédiger un bilan ou résumer une réunion. Ça marche, jusqu'à ce qu'un client demande la source réglementaire d'une recommandation. Là, le LLM généraliste hallucine — et c'est le rappel à l'ordre de l'ACPR qui guette. D'où l'arrivée de plateformes verticales, hébergées en France, qui s'appuient sur la documentation fiscale officielle et qui tracent chaque réponse.

Celena, 6 agents IA pour ne pas survivre à la saison fiscale 2026

Lancée il y a un peu plus de neuf mois, Celena est devenue le nom le plus cité dans les déjeuners de cabinet. La start-up parisienne revendique 350 utilisateurs et un positionnement clair : une plateforme IA pour les professions réglementées — CGP, avocats, experts-comptables, notaires — hébergée en France et conforme RGPD.

Sa salve d'avril 2026 a marqué les esprits. Six agents IA dédiés à la déclaration de revenus :

  • Assistant brochure fiscale 2026 : interrogation en langage naturel des 500 pages de la brochure officielle, avec sources citées
  • Simulateur IR & défiscalisation : calcul personnalisé intégrant TMI, quotient familial, comparaison PER/Pinel/Malraux/Girardin/LMNP
  • Frais réels vs abattement 10 % : recommandation chiffrée selon le profil salarié
  • Déficit foncier majoré : gestion des plafonds 10 700 / 21 400 euros
  • Rattachement d'un enfant majeur : simulation des deux scénarios
  • PFU vs barème progressif pour les plus-values pré-2018

L'éditeur promet de traiter « en quelques minutes » des analyses qui prennent habituellement « plusieurs heures ». Sur le terrain, un CGP du sud-ouest qu'on a interrogé confirme : « Un dossier loueur en meublé non professionnel avec arbitrage frais réels, c'est facilement deux heures de simulations manuelles. Celena le sort en sept minutes, sources fiscales à l'appui. »

Majors, la suite tout-en-un à partir de 50 €/mois

Pendant que Celena se concentre sur la fiscalité, Majors joue la carte du couteau suisse. La fintech française a construit ce qu'elle appelle une « Suite Majors » : CRM patrimonial, agrégateur de comptes, conformité DDA/MIFID II automatisée, 7 assistants IA spécialisés, gestion documentaire avec coffre-fort, KYC automatique.

Le pricing affiché — 50 €/mois en entrée de gamme, sans engagement, modèle « pay-per-use » — en fait l'outil le plus accessible du panel. Pour un cabinet solo ou un binôme, ça reste contenu. Pour un cabinet à 5 conseillers, on bascule mécaniquement sur du sur-devis.

Le pari de Majors, c'est l'intégration verticale. Plutôt que d'empiler un CRM (Sellsy, HubSpot), un agrégateur (Powens, Bridge), un outil de conformité (Manymore) et un assistant IA, vous avez tout dans une fenêtre. Pour un cabinet qui démarre ou qui en a marre de jongler entre cinq onglets, c'est tentant. Pour un cabinet déjà équipé d'Harvest ou Quantalys, le changement coûte cher en migration.

Combien coûte une suite IA pour un cabinet CGP en France

L'écart de prix entre les acteurs est massif et trompeur. Voici une grille indicative pour un cabinet à 3 conseillers :

  • Majors : ~150 €/mois sur l'entrée de gamme, jusqu'à 600 €/mois avec modules avancés
  • Celena : devis personnalisé, observé entre 200 et 800 €/mois selon volume
  • Figen AI : modèle SaaS, abonnement client (pas affiché publiquement, prix d'appel autour de 100 €/conseiller/mois)
  • Harvest O2S + Fidnet : licence historique, comptez 200 à 500 € par utilisateur/mois selon modules
  • ALFI AI : early-stage, tarifs encore non normalisés

À comparer à un poste de back-office junior : 35 à 45 K€ chargés par an. Le retour sur investissement, si l'outil tient ses promesses, se fait à partir du moment où un conseiller traite 2 à 3 dossiers de plus par semaine.

Figen AI, la fintech qui n'a pas levé un euro

Le profil de Figen AI détonne. La fintech française revendique 100 clients en quatre semaines après le lancement officiel, et martèle qu'elle est entièrement financée par ses clients — pas un euro de capital-risque. Sur un marché WealthTech mondial projeté à 13,52 milliards de dollars en 2030, c'est inhabituel.

L'offre couvre l'analyse fiscale, la conformité, la gestion documentaire et l'enregistrement de réunions. Mais le coup d'éclat de Figen, c'est SCPI.AI : une plateforme dédiée à l'analyse des fonds immobiliers, qui couvre 100 % des SCPI, OPCI et SC françaises sur plus de 200 indicateurs financiers et ESG. Pour un cabinet qui place beaucoup en pierre-papier, c'est un outil de prospection redoutable.

Métagram, gros acteur de la distribution patrimoniale, a choisi Figen AI pour structurer sa stratégie IA. Le signal industriel compte.

Harvest O2S, l'historique qui se réinvente

Harvest est l'éléphant de la pièce. 35 ans de présence dans le patrimoine et la finance, des outils déjà déployés chez la majorité des grands cabinets et des réseaux bancaires. La question n'est pas « faut-il essayer Harvest », c'est « Harvest peut-il survivre à Celena, Majors et Figen ? »

La réponse passe par O2S, Fidnet et bientôt Big, sa nouvelle plateforme. Harvest y a injecté de l'IA pour :

  • la reconnaissance automatique des documents (KYC, justificatifs)
  • le contrôle trimestriel automatique du Registre National des Gels d'avoirs
  • l'aide à la rédaction de documents conformes
  • la fluidité des actes de gestion avec les nouveaux partenaires Ageas et Oradea via O2S Business Link

Le rapprochement avec Quantalys, spécialiste de la notation de fonds, étoffe encore l'écosystème. Verdict pratique : Harvest reste l'outil incontournable pour les cabinets de taille moyenne déjà installés. Le coût de migration vers une fintech jeune n'est pas anodin — on parle souvent de 6 à 12 mois de double licence pour ne pas casser le suivi client.

ALFI AI, le pari de la conformité automatisée

Le dernier venu, ALFI AI, est un pari plus risqué — mais éclairant sur la direction du marché. Fondée en juillet 2025 par Jean-Jacques Legendre, 20 ans en banque d'investissement (Morgan Stanley, BNP Paribas) et ancien créateur d'ORFEO FINANCE, la start-up parisienne s'est concentrée sur un seul objectif : réduire de 40 % le temps administratif via l'automatisation MiFID II, RGPD et pistes d'audit.

La trésorerie reste modeste : 100 K€ en pre-seed via Antler, soit environ 6 mois de runway. Pour survivre, Legendre doit signer 20 à 30 clients payants d'ici mars 2026 et boucler une seed entre 500 K€ et 1 M€. C'est exactement le profil de start-up à surveiller — soit elle se fait racheter, soit elle disparaît. Si vous misez dessus aujourd'hui, prévoyez un plan B.

« L'agent IA ne remplace pas le CGP, il remplace le tableur Excel partagé en réseau. C'est exactement ce que les contrôleurs ACPR ne veulent plus voir » — un compliance officer d'un cabinet parisien rencontré au salon Patrimonia.

Quel outil IA choisir selon la taille de votre cabinet CGP

Notre verdict, après croisement des tarifs publics, des retours terrain et des annonces officielles :

  • Cabinet solo ou binôme : Majors entrée de gamme (50 €/mois) ou Figen AI pour démarrer. Pas besoin d'écraser un dossier sous Harvest tant que vous n'avez pas 50 clients actifs.
  • Cabinet 3 à 5 conseillers : combinaison Celena (fiscalité, simulation) + Majors (CRM + conformité). Budget 400 à 800 €/mois. La spécialisation gagne ici.
  • Cabinet 6+ conseillers ou cabinet historique : Harvest O2S/Fidnet reste l'épine dorsale. Ajoutez Celena en surcouche pour la fiscalité et la simulation rapide.
  • Cabinet orienté SCPI/pierre-papier : SCPI.AI de Figen est l'outil le plus pointu actuellement.

Et si vous voulez compléter avec un usage généraliste — résumé de réunion, brouillon de mail client, comparaison de produits — un abonnement

à 18 €/mois fait largement le job. Mais ne signez aucun PDF réglementaire généré par un LLM sans relecture humaine. La règle d'or n'a pas changé.

Le faux débat IA vs humain dans le conseil patrimonial

Aucun de ces outils ne va remplacer le conseiller qui rassure une famille au moment d'une succession, ou qui négocie un mandat de gestion avec un chef d'entreprise. Ce qui change, c'est la répartition du temps. Aujourd'hui, un CGP passe estime-t-on 60 à 70 % de son temps sur la production documentaire et la conformité. Demain, avec ces outils correctement déployés, la barre descend à 30 ou 40 %. Le reste, c'est du temps client.

Le risque, c'est l'effet inverse : un cabinet qui s'équipe sans repenser son organisation accumule juste plus de dossiers traités plus vite — et finit par diluer le conseil. L'IA dans le patrimoine, c'est un amplificateur. Si votre conseil était bon, il le restera. S'il était médiocre, l'outil ne le sauvera pas.

FAQ

Combien coûte un logiciel IA pour cabinet CGP en France ?
De 50 €/mois (Majors entrée de gamme) à 800 €/mois pour une suite combinée Celena + Majors sur un cabinet à 3 conseillers. Harvest O2S reste sur des licences plus élevées (200 à 500 €/utilisateur/mois) mais inclut un écosystème complet. À comparer à un poste back-office junior : 35 à 45 K€ chargés/an.
Celena est-il fiable pour la déclaration fiscale 2026 ?
La plateforme s'appuie sur les 500 pages de la brochure fiscale officielle et cite ses sources. Six agents spécialisés couvrent IR, défiscalisation, frais réels vs abattement, déficit foncier, rattachement enfant majeur et PFU. La fiabilité dépend cependant de la relecture du conseiller — Celena n'engage pas sa responsabilité fiscale.
Faut-il quitter Harvest pour une fintech IA comme Celena ou Majors ?
Non, dans la plupart des cas. Harvest reste l'épine dorsale opérationnelle des cabinets installés. Les fintechs IA viennent en surcouche pour la simulation rapide et la fiscalité. La migration totale d'Harvest vers une suite jeune coûte 6 à 12 mois de double licence et un risque de perte de données client.
Un CGP solo peut-il se contenter de ChatGPT ou Claude ?
Pour résumer une réunion, rédiger un brouillon de mail ou comparer deux produits, oui — un abonnement Claude Pro ou ChatGPT Plus à 18-20 €/mois suffit. En revanche, aucune réponse fiscale ou réglementaire produite par un LLM généraliste ne doit être livrée au client sans relecture, car ces modèles n'ont pas la traçabilité des sources officielles.
Quelle est la différence entre Celena, Majors et Figen AI ?
Celena est la plus pointue sur la fiscalité française (6 agents IA dédiés). Majors joue le couteau suisse : CRM + conformité + 7 assistants IA, à partir de 50 €/mois. Figen AI revendique 100 clients en 4 semaines et se distingue par SCPI.AI, son outil d'analyse de fonds immobiliers couvrant 100 % du marché français.
Partager
Résumé vidéoen cours…