Apple laisse choisir son IA sur iPhone : Siri passe sous Gemini
À la WWDC 2026, Apple confie Siri à Google et ouvre l'iPhone à Claude et ChatGPT comme assistants par défaut.
Apple a fini par lâcher prise. Lundi 8 juin, à l'ouverture de la WWDC 2026, Tim Cook a annoncé un Siri entièrement reconstruit — non pas sur la technologie maison, mais sur un modèle Gemini de Google. Et surtout : iOS 27 laissera l'utilisateur choisir son assistant par défaut entre Gemini, ChatGPT et, pour la première fois sur iPhone, Claude d'Anthropic. Pour quiconque travaille au quotidien avec son téléphone, c'est le changement le plus concret depuis le lancement d'Apple Intelligence.
Siri sous Gemini : ce qu'Apple a vraiment annoncé à la WWDC 2026
Le Siri présenté lundi n'a plus grand-chose à voir avec l'assistant qu'on connaît. Apple parle d'un système "profondément plus intelligent, informé et capable". Concrètement : Siri répond désormais à des questions ouvertes en allant chercher sur le web, comprend ce qui est affiché à l'écran, et peut fouiller dans vos données personnelles — messages, mails, photos. Une application dédiée fait son apparition, avec un historique des conversations synchronisé via iCloud entre iPhone, iPad et Mac. L'interface se rapproche d'une messagerie, façon ChatGPT.
Sous le capot, ce n'est pas la technologie d'Apple qui tourne. D'après les informations rapportées autour de la keynote, Siri s'appuie sur un modèle Gemini sur-mesure d'environ 1 200 milliards de paramètres, hébergé pour Apple, dans le cadre d'un accord pluriannuel estimé à près d'1 milliard de dollars par an. Apple n'a pas confirmé publiquement le chiffre exact, mais l'architecture, elle, est assumée : ses propres Apple Foundation Models sont désormais développés "en collaboration" avec Google.
Craig Federighi a verrouillé l'angle attendu : "Nous pensons que la confidentialité dans l'IA n'est pas négociable." Apple insiste sur le fait que les données ne servent qu'à exécuter la requête, avec une vérification externe possible — son argument différenciant face à Google et OpenAI.
Extensions iOS 27 : choisir Gemini, ChatGPT ou Claude par défaut
C'est le vrai tournant, et il passerait presque inaperçu derrière le show Siri. iOS 27, iPadOS 27 et macOS 27 introduisent les Extensions : un système qui permet de désigner un modèle IA tiers comme assistant par défaut. Gemini est sélectionné d'origine, mais l'utilisateur peut basculer sur ChatGPT ou sur Claude. Chaque modèle a une voix distincte, pour qu'on sache lequel répond.
Apple, qui a passé quinze ans à verrouiller son écosystème, ouvre la porte d'entrée de son assistant à ses concurrents directs. Pour Anthropic, c'est un accès potentiel à un parc gigantesque : on parle de plus de 2 milliards d'appareils actifs. Même une adoption marginale change l'échelle — si 5 % des utilisateurs d'iOS 27 choisissaient Claude, cela représenterait plus de 100 millions de nouveaux utilisateurs. La structure de revenus, elle, reste opaque : on ignore qui paie qui, et combien.
Apple Gemini, OpenAI, Anthropic : qui gagne dans ce deal
Google encaisse à double titre : le contrat de licence sur Siri, et la position d'assistant par défaut sur des centaines de millions de terminaux. Apple, de son côté, achète du temps. L'entreprise a accumulé deux ans de retard visible sur l'IA conversationnelle ; plutôt que de combler l'écart en interne, elle loue le meilleur moteur disponible et garde la main sur la couche privée et l'expérience. Anthropic et OpenAI, eux, gagnent une vitrine — mais en position de challengers, pas de défaut. Sur mobile, le réglage par défaut décide presque tout.
Ce que ça change pour les pros et les PME
Au-delà du feuilleton entre géants, l'annonce a des conséquences pratiques. Un dirigeant ou un freelance qui a structuré ses prompts et ses habitudes autour de Claude ou de ChatGPT pourra retrouver son outil directement au niveau système : dictée, résumé de mail, recherche dans les documents, réponses suggérées dans Messages. Plus besoin de jongler entre l'assistant natif et une app tierce.
Apple a aussi détaillé des gains mesurables côté performance : applications qui se lancent jusqu'à 30 % plus vite, photos disponibles 70 % plus vite après la prise de vue, transferts AirDrop 80 % plus rapides. Côté IA pure, on retrouve la création de raccourcis en langage naturel, la gestion d'onglets dans Safari, ou la mise à jour de mots de passe en un geste. Rien de révolutionnaire pris isolément — mais l'addition fait gagner du temps sur des tâches répétées dix fois par jour.
Un point de vigilance pour les équipes qui manipulent des données sensibles : Siri peut désormais accéder au contexte personnel et croiser mails, messages et photos. La promesse de confidentialité d'Apple repose sur son traitement chiffré, mais déléguer l'assistant à un modèle tiers (Gemini, ChatGPT, Claude) sort du périmètre Apple. À cadrer dans une charte interne avant de laisser tout le monde activer une Extension.
Apple Intelligence en France : disponibilité et restrictions UE
C'est le bémol qui concerne directement les lecteurs français. Apple a précisé que la disponibilité dans l'Union européenne "diffère selon le type d'appareil", et que Siri AI ne serait pas proposé en Chine au lancement. Autrement dit : ne tenez pas pour acquis que toutes les fonctions arriveront en même temps et sur tous les modèles en France. Le calendrier officiel parle de bêtas développeurs dès le 8 juin, de bêtas publiques en juillet, et d'un déploiement grand public à l'automne 2026, via mises à jour gratuites vers iOS 27, iPadOS 27, macOS 27, watchOS 27 et visionOS 27.
Côté matériel, les fonctions Apple Intelligence visent les iPhone 16, les iPhone 15 Pro et Pro Max, les iPad équipés de puce M1 ou supérieure, et les Mac M1+. Si votre flotte pro tourne sur des iPhone 14 ou antérieurs, vous resterez sur le Siri classique.
Un changement de patron en pleine bascule IA
Détail qui n'en est pas un : c'était la dernière keynote WWDC de Tim Cook avant de passer la main. Le responsable matériel John Ternus prend la tête d'Apple au 1er septembre 2026. La transition se fait donc sur le pari le plus risqué de la décennie pour Apple : avoir externalisé le cerveau de son assistant à un concurrent, tout en pariant sur la confidentialité comme dernier rempart différenciant. Ternus hérite d'une stratégie déjà tracée — à lui de prouver qu'Apple peut reprendre la main en interne avant la fin du contrat Gemini.
Pour mémoire, Gemini 3.5 Flash, sorti en disponibilité générale le 19 mai à Google I/O, est déjà facturé 1,50 $ / 9 $ par million de tokens (entrée/sortie) côté API. C'est l'ordre de grandeur des coûts que Google sait absorber — et qui rend l'accord Siri économiquement tenable pour les deux camps.
Si vous voulez prendre les devants et tester dès maintenant l'assistant que vous brancherez peut-être en défaut à l'automne, c'est le bon moment pour comparer les modèles côté usage métier.
Sources : Apple Newsroom, TechCrunch, MacRumors.