Keenable ouvre le web aux agents IA : 100 000 requêtes offertes
L'ex-patron du search de Yandex sort de stealth avec 26 M$ et un index de 100 milliards de documents pensé pour les machines, pas pour les humains.
Mardi matin, TechCrunch annonce la sortie de stealth de Keenable : 26 millions de dollars levés auprès d'Accel, et un index web indépendant de plus de 100 milliards de documents, vendu non pas aux humains mais aux agents IA. J'ai passé la journée dessus, serveur MCP branché sur Claude Code. Si vous construisez des agents qui cherchent sur le web — veille, prospection, RAG — ce lancement vous concerne directement.
Un index de 100 milliards de pages, signé l'ex-patron du search de Yandex
Le problème que Keenable attaque est réel. Tout agent sérieux a besoin de chercher sur le web, et les options se comptent sur les doigts d'une main : Microsoft a fermé son API Bing Search à l'été 2025, Google n'a jamais ouvert son index, et il reste une poignée d'acteurs spécialisés — plus une armée de scrapers de SERP à la légalité douteuse.
Keenable arrive avec un argument massue : un index propre — crawl, indexation et ranking maison — de plus de 100 milliards de documents, déjà utilisé en production par des labos d'IA et des fournisseurs d'inférence, selon l'annonce publiée le 25 août. Derrière, deux profils lourds : Andrey Styskin, qui a dirigé le search, l'IA et le cloud de Yandex avant de travailler sur la recherche web d'Alexa chez Amazon, et Matthias Petri, chercheur allemand croisé chez Amazon. Quinze ingénieurs entre les États-Unis et l'Europe, effectif à doubler d'ici fin d'année.
« Si vous n'ajustez pas vos structures d'index à une tâche précise, le coût pour servir et parcourir l'ensemble d'Internet est énorme », explique Styskin à TechCrunch. Toute la thèse de Keenable tient là : réduire l'espace de recherche en fonction de la requête, au lieu de scanner l'index entier à chaque appel.
Premier partenaire public : Gradium, startup d'IA vocale, qui s'appuie sur Keenable pour récupérer de l'information en direct pendant les conversations. Conviction Partners et plusieurs business angels complètent le tour de table.
Brancher Keenable sur Claude Code : cinq minutes, montre en main
La doc propose trois portes d'entrée : une API REST à deux endpoints (search, neuf paramètres, et fetch_page_content, quatre), une CLI, et un serveur MCP. C'est ce dernier que j'ai testé en premier, parce qu'il fonctionne sans compte ni clé API — assez rare pour être souligné. Si le protocole ne vous dit rien, notre guide MCP pour connecter l'IA à vos outils pose les bases.
Dans Claude Code, l'installation tient en une ligne — l'URL exacte du serveur est dans la documentation MCP officielle :
[[terminal:claude mcp add --transport http keenable https://mcp.keenable.ai]]Deux outils apparaissent aussitôt : la recherche, et la récupération de page en Markdown propre. Ce deuxième point compte : pas besoin d'empiler un scraper tiers pour nettoyer le HTML avant de le mettre en contexte. Cursor, Windsurf et Claude Desktop sont couverts par la même doc. Mon premier réflexe a été de rejouer le scénario de mon agent web monté avec Browser Use : remplacer les étapes « ouvrir un moteur, parser la page de résultats » par un appel Keenable. Sur mon agent de veille produit, ça supprime la moitié des étapes de navigation, et le Markdown renvoyé rentre directement dans le contexte.
Premier accroc en revanche : au bout d'une demi-heure, l'agent s'est mangé une erreur 429 en plein run. Le mode sans clé plafonne à 30 requêtes par tranche de 15 minutes et par IP. Largement assez pour tester à la main, pas pour un agent qui enchaîne quarante recherches — il faut créer un compte pour passer à l'échelle.
Combien coûte Keenable : 4 $ les 1 000 requêtes, 100 000 offertes
Le site officiel affiche deux formules. « Agent Builder », en paiement à l'usage : 4 $ les 1 000 requêtes, cloud uniquement. « Frontier », pour les gros volumes : 1 $ les 1 000 requêtes à partir de 100 requêtes par seconde, avec option de déploiement on-premises — clairement calibré pour les labos et fournisseurs d'inférence. Et 100 000 requêtes offertes à l'inscription.
Faisons le calcul sur un cas réel. Mon agent de veille tourne trois fois par jour et consomme environ 40 recherches par run : 3 600 requêtes par mois, soit 14,40 $ une fois les crédits épuisés — et les 100 000 requêtes offertes couvrent plus de deux ans à ce rythme. La recherche web est exactement le genre de poste qui passe inaperçu jusqu'à ce qu'il explose : elle figure systématiquement dans les lignes qui gonflent, comme on l'a documenté dans notre enquête sur les coûts cachés des agents en production.
Côté performances, Keenable annonce moins de 250 ms au p95 — mesuré depuis la côte Est américaine. Depuis Paris, mes appels tournaient plutôt entre 400 et 600 ms. Correct pour un agent en tâche de fond, limite pour du vocal temps réel tant qu'aucun point de présence européen n'est annoncé.
Keenable vs Tavily, Exa et Brave Search API
Le marché de la recherche pour agents s'était structuré autour de trois familles, à des tarifs qui vont grosso modo de 3 à 9 $ les 1 000 requêtes :
- Tavily : couche de recherche pensée RAG, résultats pré-mâchés pour le contexte LLM, autour de 8 $ les 1 000 crédits en plan payant ;
- Exa : recherche neurale sémantique, environ 5 $ les 1 000 requêtes, très bonne sur les requêtes conceptuelles ;
- Brave Search API : index indépendant généraliste, de 3 à 5 $ les 1 000 requêtes selon le plan ;
- Perplexity Sonar : cas à part, qui vend une réponse générée avec sources plutôt qu'une liste de résultats.
Keenable joue une autre partition : index brut à basse latence, pensé machine, sans couche de réponse générée ni re-ranking opiniâtre — c'est votre agent qui décide quoi lire. Sur mes requêtes anglophones (documentation technique, actualité produit, pages fabricants), les résultats étaient nets et frais. En français, c'est plus inégal : sur « facturation électronique PDP septembre 2026 », l'index m'a remonté deux pages datées et un contenu anglophone hors sujet avant les sources officielles. Pour un pipeline comme celui de notre veille concurrentielle automatisée avec Sonar et n8n, je garderais Sonar sur les requêtes françaises pointues et je basculerais le volume anglophone sur Keenable.
Les limites : français inégal, RGPD flou, produit de 24 heures
Trois réserves avant de sortir la carte bleue. D'abord la couverture francophone, donc : utilisable, mais pas encore au niveau de l'anglais sur les sujets réglementaires ou locaux. Ensuite la conformité : la société opère entre les États-Unis et l'Europe, mais aucune région de données UE n'est annoncée, ni de SLA publié sur l'offre à l'usage. Or vos requêtes de recherche décrivent vos projets — c'est une donnée sensible en soi. Enfin, le produit a littéralement 24 heures d'existence publique : le mode « Time Machine » (recherche dans les versions passées du web) est en early access, et le « Web Query Language » qui doit permettre de croiser plusieurs sources n'est qu'annoncé. Des promesses, pas des produits.
Reste le pedigree. Un fondateur ex-Yandex fera tiquer certains DSI, réflexe compréhensible dans le climat actuel. L'entreprise est américano-européenne et financée par Accel, mais posez la question de la localisation et de la rétention des données avant d'y router quoi que ce soit de confidentiel.
Keenable avis : brancher maintenant ou attendre ?
Verdict tranché. Si vous construisez des agents qui cherchent en anglais à volume — veille, enrichissement, RAG frais — branchez-le cette semaine : les 100 000 requêtes offertes rendent le test gratuit, le MCP le rend indolore, et le tarif Frontier à 1 $ les 1 000 requêtes met une vraie pression sur le marché. Si votre besoin est franco-français ou touche des données sensibles, attendez un ou deux trimestres : l'index doit faire ses preuves en français et la conformité reste à documenter.
Ce lancement dit surtout une chose : la recherche web devient une brique d'infrastructure pour machines, avec ses fournisseurs spécialisés, comme le paiement ou l'email. Les agents ne « googlent » plus. Le plus simple pour vous faire un avis : brancher le serveur MCP sur votre assistant de code et comparer sur vos propres requêtes.