J'ai codé un site + CRM/ERP complet avec Claude Code : retour terrain
Plusieurs mois de code avec Claude sur un vrai projet métier : site, configurateur, CRM. Ce qui marche, ce qui dérape, ce qu'il faut savoir avant de se lancer.
Ma femme avait besoin d'un site web pour son activité de prestations de services, et surtout d'un outil pour gérer le quotidien : clientes, devis, planning, factures, suivi des interventions. Le genre de besoin classique pour une petite structure qui démarre. J'ai tout codé moi-même avec Claude Code, ChatGPT en complément sur certaines parties. Ça fait plusieurs mois que je suis dedans. Voilà ce que ça donne en condition réelle, sans filtre.
Le périmètre, pour fixer le décor
Le projet, c'est deux briques imbriquées. D'un côté, un site web public avec un configurateur de devis, des pages d'offres, un formulaire d'accueil et un espace cliente. De l'autre, un CRM/ERP interne pour ma femme : fiche cliente, planning des interventions, génération de devis et factures, suivi des prestations, statistiques, gestion des avoirs.
Côté technique, je suis parti sur du PHP custom, sans framework. Pas de Laravel, pas de Symfony. Une stack légère que je maîtrise, hébergée chez Infomaniak, base MySQL. C'est important pour la suite, parce que Claude Code s'est adapté à ce choix sans broncher, ce qui était une bonne surprise.
Claude Code va beaucoup plus vite. Vraiment.
Soyons clairs sur un point : à cahier des charges identique, coder avec Claude Code est massivement plus rapide que coder à la main. On parle d'un facteur 10× facile sur la vitesse de code pure. Ce n'est pas un effet d'annonce, c'est ce que j'observe sur mes propres sessions, mesuré sur des modules entiers.
Concrètement : un configurateur de devis avec paliers, options, calculs dynamiques, sauvegarde des leads en base, modale de récap et mail de confirmation — sur le papier, plusieurs jours de boulot en solo. Avec Claude Code, j'ai un premier prototype fonctionnel en quelques heures. Même chose pour un module admin avec CRUD complet, filtres, export, gestion des templates : ce qui prenait une journée et demie part en deux ou trois heures.
La vitesse vient surtout du fait que je ne tape plus la plomberie. Les boucles d'affichage, les requêtes préparées, les formulaires HTML, la validation côté serveur, les correctifs de bugs évidents : Claude pond tout ça correctement. Je relis, j'ajuste, j'enchaîne. Mon rôle se déplace vers l'architecture, les choix de structure, la cohérence d'ensemble.
Alors pourquoi le projet n'est pas livré plus vite
Ici, la nuance qui change tout. Si la vitesse de code est multipliée par dix, le temps total du projet, lui, ressemble à celui d'un projet classique. Pas parce que Claude ralentit quoi que ce soit, au contraire. Mais parce que le périmètre gonfle pendant qu'on code.
C'est le vrai piège du vibe coding. Comme c'est si peu coûteux d'ajouter une fonctionnalité, on en ajoute. Tout le temps. À chaque session, on se dit « tiens, ce serait bien si la fiche cliente affichait aussi l'historique des avoirs avec un petit graphique d'évolution ». Trois heures plus tard, le graphique est là. Le lendemain, on se dit « en fait il faudrait pouvoir filtrer par type d'avoir ». Et ainsi de suite.
Le cahier des charges initial, posé proprement, finit en passoire. On y empile des modules secondaires qui paraissent « pas chers » individuellement, mais qui consomment du temps cumulé. On lance des refactos pas indispensables parce que Claude propose une structure plus propre et qu'on a envie de la voir tourner. On part sur des optimisations UX qui n'étaient demandées par personne.
Résultat : la vitesse de code pure est démentielle, mais la vitesse de livraison n'a pas tellement bougé. Ce qu'on gagne en frappe, on le redépense en scope. Cette nuance vaut le coup d'être bien intégrée avant de se lancer.
Le CRM toujours pas fini, et c'est ambigu
Conséquence directe : mon CRM n'est toujours pas finalisé après plusieurs mois. Il fonctionne, ma femme travaille avec tous les jours, mais il évolue en continu. Aucune version 1.0 n'a jamais été marquée comme « livrée ». Il y a toujours un module à reprendre, un écran à clarifier, un workflow à fluidifier.
C'est à la fois positif et frustrant. Positif parce que ce qui évolue est ce qui est réellement utilisé. Ma femme tape dans l'outil, identifie ce qui la ralentit, je corrige dans la foulée. Pas de spec en chambre, pas de refonte d'écrans que personne n'ouvrira jamais. L'itération est continue, alignée sur le réel.
Frustrant parce qu'on ne ferme jamais le sujet. Mentalement, on traîne un projet « en cours » pendant des mois. Sans discipline de scope, on se retrouve avec sept modules à 80 % et zéro à 100 %. J'ai dû me forcer à découper proprement, à poser des jalons, à dire « ce module est fini, on n'y retouche plus avant trois semaines ». Sans ça, l'outil partait en usine à gaz.
Là où Claude excelle vraiment
La partie site web public est de loin celle où Claude Code a été le plus efficace. Pages d'offres, configurateur de devis, formulaires, intégration mail, espace cliente, responsive : c'est du pain béni pour lui. Le code attendu est balisé, les patterns sont connus, les pièges sont rares. J'ai bouclé toute la partie front + back du site bien plus vite que je l'aurais fait seul.
Le configurateur de devis, en particulier, a été un gros morceau. Calcul multi-prestations, paliers par durée, multi-personnes, options additionnelles, sauvegarde des leads en base, mail de récap, relance. Claude a tenu la complexité sans broncher tant que je lui donnais les règles métier de façon claire et structurée.
L'adaptation à la stack, point souvent sous-estimé
Je m'attendais à un peu de friction avec mon PHP custom sans framework. Zéro. Claude prend le code tel qu'il est, respecte les conventions du projet, réutilise les helpers existants au lieu d'en inventer de nouveaux. Quand je lui demande une nouvelle page, il s'aligne sur la structure des autres pages du dossier. Pour qui bosse sur des stacks moins « tendance », c'est un confort réel.
Là où ça coince un peu plus
Le CRM/ERP, lui, est plus capricieux. Pas dans la génération de code, qui reste excellente, mais dans la cohérence d'ensemble UX. Les écrans d'administration ont tendance à se ressembler quand on les fait pondre module par module. Les conventions de navigation dérivent. Les libellés varient. Les états visuels — sélection, hover, focus — divergent d'un écran à l'autre.
C'est rattrapable, mais ça demande des passes de cohérence régulières, où je redonne à Claude un référentiel commun (composants, classes CSS, libellés standards) et je lui fais retraiter les écrans existants. C'est un travail moins glorieux que de pondre une nouvelle feature, et c'est précisément le genre de tâche qu'on a tendance à repousser. D'où, encore, ce sentiment de CRM jamais fini.
Autre point : les workflows métier compliqués — gestion des avoirs, immutabilité des factures émises, suivi des prestations sur plusieurs interventions — demandent un cadrage très précis. Si je laisse Claude « comprendre tout seul » la logique métier, il produit du code qui marche en surface mais qui peut casser un invariant important. Je dois être présent sur ces sujets, expliciter les règles, vérifier que les contraintes sont bien respectées. Une facture émise ne se modifie pas, point. Si je ne le dis pas, rien ne garantit que cette règle tienne dans la durée.
ChatGPT en complément, pas en concurrent
À côté de Claude Code, j'utilise ChatGPT, mais pas pour la même chose. Claude reste mon outil de code, d'architecture, de debug, de refacto. ChatGPT prend le relais sur ce qui touche au produit et au visuel.
Concrètement : génération des icônes du site, visuels d'illustration, images pour les publicités, réflexion sur le packaging des prestations, naming des formules, formulation des engagements clients, structuration des pages commerciales. Ma femme l'utilise même directement pour produire ses propres visuels publicitaires. Le rendu n'a pas le niveau d'un studio pro, mais c'est largement suffisant pour démarrer une activité et tester ce qui accroche commercialement.
Les deux IA se complètent bien. Claude code, ChatGPT habille et commercialise. Sans ce deuxième volet, on aurait un site techniquement propre mais creux côté contenu et identité. C'est un point que je sous-estimais au départ.
Ce que ça donne en conditions réelles
Aujourd'hui, le site est en ligne. Le configurateur de devis tourne. Les premières clientes sont passées par là pour demander des prestations, puis ont été suivies dans le CRM jusqu'à la facturation. Le tunnel est complet, de la visite anonyme jusqu'à la facture émise.
Ma femme bosse avec ses propres outils. Pas de SaaS externe à 80 ou 120 € par mois qui coche 70 % des cases et qu'on traîne par défaut parce qu'on n'a pas mieux. Les écrans sont taillés pour son métier précis, ses libellés, ses étapes. Quand un truc la gêne, on en parle le soir, je modifie le lendemain. Cette boucle courte est probablement le bénéfice le plus tangible du projet.
Côté volume, le configurateur de devis est devenu le principal canal d'entrée des demandes. Le CRM gère le quotidien sans qu'on doive jongler entre cinq onglets différents. C'est fonctionnel, c'est utilisé, ça produit du chiffre. Ce qui était l'objectif.
Verdict honnête sur Claude Code
Est-ce que Claude Code est un excellent copilote ? Oui, sans hésitation. Pour quelqu'un qui sait déjà coder, le gain est réel et massif sur la frappe pure. On produit beaucoup plus, beaucoup plus vite, sur des stacks variées. Le fait que Claude se soit adapté sans difficulté à mon PHP custom, sans réclamer un framework moderne, est représentatif : il prend le code tel qu'il est et bosse avec.
Est-ce qu'on peut monter un projet métier complet en solo aujourd'hui ? Oui, clairement. Site, CRM, ERP, le tout interfacé, le tout maintenu par une seule personne. C'était envisageable avant, c'est beaucoup plus accessible maintenant.
Est-ce que le projet est livré plus vite au final ? Non, pas tellement. Pas à cause de Claude, mais à cause du piège du périmètre qui gonfle. Il faut une discipline de scope explicite pour ne pas finir avec un produit éclaté en chantiers permanents. Cette discipline, c'est au développeur de la tenir, pas à l'outil.
Pour quelqu'un qui ne code pas du tout : Claude aide énormément, mais ne fait pas tout. Lire le code produit, repérer quand l'architecture part en vrille, corriger une logique métier mal interprétée, refuser une suggestion qui casse un invariant : tout ça reste indispensable. Sans ces bases, le projet tient quelques semaines, puis plante au pire moment, quand on touche la production. Ce n'est pas un détail.
En résumé : Claude Code change la façon de coder, pas la façon de penser un produit. La partie penser reste à faire, et c'est elle qui détermine si le projet sort ou non.